mercredi 30 janvier 2019

Singularité

Stanley Kubrick a accordé une interview à Playboy en 1968. Son évocation de notre avenir y est vertigineuse. J’invite chacun à la lire. C’est en anglais mais c’est particulièrement stimulant.

L’art est notre humanité.

Les drogues nous rendent a-humains alors que la technologie (un pinceau fait de poils d’Auroch ou une palette graphique) nous transhumanise depuis 50 000 ans.
Le fameux point de singularité brandi par les transhumanistes pour justifier une collaboration avec l’intelligence artificielle n’est en fait pas devant mais bien loin derrière nous. Ce point s’est produit le jour exact où nous avons regardé pour la première fois, avec distance notre environnement...où nous avons pris conscience que tout ceci, tout ce qui nous entoure allait perdurer au-delà de nous, après nous. Que nous étions mortels.
Donc l’art continuera, avec ou sans technologie à témoigner de notre humanité. De notre finitude, car nous voulons survivre à la mort.

Une sonate inventée par une intelligence artificielle mime, singe une représentation humaine de l’harmonie. L’intelligence artificielle serait-elle capable de créer une nouvelle forme artistique qui nous plairait? 

Quelle serait la profondeur qui ferait vibrer l’intelligence artificielle au point de lui faire faire un art qui survive à la mort? Aucune, je le crois. 

La question n’est donc pas sous quelle forme nous apparaîtrait l’art dans l’avenir mais bien l’art continuera t’il à tromper notre mort?

Par ailleurs, si nous communiquons de manière dématérialisée dans un avenir plus ou moins proche comme Kubrick le prophétise (transmission de pensée a minima) c’est que le réseau des humains aura réussi à se créer à lui même et à travers nous, au-delà de nous, un avenir.

Et pour aller plus loin, je dirais que la vie qui palpite (le rhizome de Jung) à travers nos cellules depuis 3,5 milliards d’années a deja réussi à faire cela et à s’incarner. Certes nous ne sommes pas les seuls dépositaires de cette pulsion de vie.

Peut-être qu’un dauphin est-il conscient de sa conscience...
Mais il n’a pas de pouce opposable... dommage!

L’art est donc notre envie de calmer cette inquiétude, elle est notre religion et « dieu » est notre capacité à imaginer nos dieux. 

Peut-être dans quelques millions d’années, serons-nous capables de communication à des années lumières de distance, sans corps physique, peut-être aurons dépassé cette inquiétude car nous serons à ce moment-là confondus avec la pulsion de vie qui est immortelle.

Mais c’est une hypothèse.