lundi 30 janvier 2017

Mr. D.C. de John McLaughlin

Je retiens mon souffle.
J’ai un trac fou.
Cette chanson me fait mal avant même de la commencer.
J’essaye de me calmer. Mais la boule est toujours là.

Concentre-toi.
Comptes
1 2 3
1 2 3
1 2 3 4

A quelques secondes du début, le calme revient et le silence s’installe comme un roi charismatique qui reprend son trône. Comme toujours. Tout est calme.
C’est la mer qui se retire avant un violent tsunami qui va tout dévaster.

Ce calme me fait peur.

Mais il m’apaise.

Ma cymbale lâche un petit bruit involontaire
qui déclenche tout c’est la tempête de bruit magnifique je ne réalise même pas que c’est moi qui fait ça y en a partout dans l’espace sonore de toutes les personnes présentes une énergie rayonne en sphère vers l’extérieur
à l’intérieur rien n’est stable je joue j’imprime des chocs brutaux et doux à la fois je caresse et frappe très fort je n’arrive déjà plus à suivre ça évite mon cerveau ça joue mais je ne sais pas comment - n’y pense plus je manque de me prendre les pieds dans le tapis ça tourne je joue dans une machine à laver ma tête dodeline mes jambes à l’envers battent la mesure en tapant fort très fort je suis aspiré par ce rythme effréné de moissonneuse batteuse ça tourne ça me précède ça me succède c’est partout
stop                                                                                     fffffffff
même rythmique mais tempo plus lent je respire mais ça revient les cymbales me remplissent la tête mes deux grosses caisses inondent l’air d’un vrombissement de galère.
Ca y est, j’ai trouvé un point fixe : je frappe la grosse cymbale à intervalles réguliers. Je pense à la campagne, au clocher de mon village. Tiens, ma caisse claire fait un bruit de poing sur la table et ça me remet dedans, ça frappe en rythme et ça recommence ça tourne ça virevolte je réalise que tous les autres instruments s’appuient sur moi j’ai construit une montagne de casseroles en équilibre précaire et tout le monde danse là-dessus je transpire des litres pour garder tout ça ensemble je vais mourir et quitter mon enveloppe je le sens je ne peux plus le supporter mais la ca y est ça redescend c’est moins bruyant mais toujours aussi rapide ils sont moins lourds mais il dansent sur ma tête toujours aussi vite
pour garder l’équilibre je cours les yeux fermés je vais finir par me fracasser la tête mais jamais ça n’arrive mon cœur s’emballe je joue sur la pointe des pieds mais ça ne ralentit pas je râle je souffle je crie  j’ai peur mais j’aime ça mon amie la basse vient m’aider je m’appuie un peu sur elle ca fait du bien ce réconfort précaire qui va disparaître tous mes membres semblent dissociés et tétanisés mais ils sont en fait rigoureusement harmonisés – parfaite maîtrise mais sans moi, je comprends pas je vais si vite que mes mains deviennent invisibles la transe m’envahit j’attendais ce moment mais je peux plus penser mes gouttes de sueur heurtent la peau dans un mouvement ascendant et très lent y a plus de gravité mes pensées sont anesthésiées et folles à la fois je n’ai plus d’air ahhh

ça y est ça va être la fin du morceau je la vois venir je tiens la fin du morceau un regain d’énergie me fait tenir mes muscles retrouvent un peu de vigueur et se détendent le second souffle est là de l’air vient dans mes poumons, ça ralentit
ça s’estompe
fffff
puis net : ça s’arrête !
stop !


 

J.S.L.F.


JSLF comme Jean-Samir de La Ferrandière ou Je Suis La France.

Je ne suis pas magistrat. Ni brigand. Je ne suis pas Robin des bois.
Je ne suis ni dictateur ni roi-mage.

Je ne suis pas Galilée et pourtant, Dieu sait que j'aurais tout donné pour observer avec lui les premiers reliefs de la lune à travers sa lunette de navigation maritime qu'il a eu la folie de pointer vers notre balcon personnel sur l'univers.
Je ne suis pas vendeur de fruits et légumes de rue et je n'ai aucune envie de m'immoler par le feu pour faire sentir au monde arabe le roussi.
Je ne suis pas un chanteur de renom.
Je ne suis pas astronaute.
Je ne suis pas contrôleur aérien ni ferroviaire.
Je ne suis pas sondeur. Ni homme politique. Ni échantillon sondé représentatif de la France.
Femme politique non plus même si je suis homme et femme.

Je suis un enfant. Je suis un jeune. Je suis vieux.
Je suis un jeune vieux qui n'en croit pas ses oreilles d'y voir autant de poils. La dernière fois qu'il a compté son âge, il avait à peine finit ce beignet fourré au chocolat sur la plage de la Baule, c'était l'été 1959 et Brigitte Bardot ne ressemblait pas encore à ses chiens.
Je suis un grabataire, un sénile, un démon qui vomit ses propres enfants tellement il se hait d'être si vieux. Je pourrais être un vieux qui, en Afrique, inspire le respect, à qui on adresse des révérences polies et admiratives au regard de l'expérience inestimable qu'il porte. Mais aussi le nombre d'années qu'il a vécu sur terre et pendant lesquelles il a charrié l'humanité en lui-même sans jamais tomber sous les coups imprévisibles de la camarde noire. Il lui a fait un joli pied de nez, bon pied bon œil l'aïeul.
Mais je suis un vieux en France et tout le monde se fout de ma gueule parce que je ne sais pas tchouiter. Mes petits-enfants me méprisent parce qu'ils n’ont pas compris qu'un jour, ils seraient comme moi. Et mes enfants m'évitent comme la peste car eux ont pigé.

Je ne suis pas avocat.
Je ne suis pas criminel ni greffier.
Je ne suis pas non plus président de la 1ère chambre du tribunal correctionnel de Montpellier.

Je ne suis pas DJ.
Je ne suis pas styliste ni mannequin-pied.

Je ne suis pas syndicaliste ni médecin-urgentiste. Je devrais dire urgen-triste tellement leur vocation les condamne à haïr le tableau tout en aimant peindre. Bref. Je voudrais, si je pouvais vivre une seule journée d'un personnel de soin pour comprendre comment font-ils ces braves gens pour cumuler des gardes de 24h et des journées de travail. Le tout pour s'occuper de patients (quelle ironie) qui, gâtés pourris par le système, préfèrent décourager ceux qui le font encore tourner. Rebref. Yvan Rebrof!
Les clowns des hôpitaux devraient s'occuper d'eux plutôt que d'embêter ces gosses qui pensent qu'à faire des courses en fauteuil roulant. On devait faire chanter les chœurs de l'armée rouge dans les hôpitaux, ça dissuaderait certains d'y venir pour rien.

Je ne suis pas vendeur de chaussures ni entrepreneur-pigeon.
Je ne suis plus un ado boursouflé de rien comme un popcorn Baff. J'aurais mérité les baffes que j'ai données. Mes parents m'ont supporté comme on tolère un voisin caractériel. Je les en remercie. Ce sont mes enfants qui me rendront la monnaie de leur pièce.

Je ne suis pas capitaine d'industrie. Je ne gagne pas 4 000 Smic par an. Faisons vivre à chacun des patrons du CAC40 une seule journée de skipper de voilier au milieu de l'océan furieux, qui tente de mettre tout ce qui bouge par-dessus bord. Peut-être que certains le sont. Ces capitaines-là ne partent qu'en dernier. Tous sauf celui du Costa concordia, ce mastodonte des mers, ce paquebot qui a vu la côte de trop près par l'entremise de la bêtise de son capitaine...il s'est enfui quasiment avec les premiers pendant que le bateau prenait l'eau. "Le capitaine et les femmes d'abord!". Il mérite qu'on lui fasse subir le supplice autrefois réservé aux récalcitrants sur les goélettes de mon seigneur le roi de France : attaché à un bout et plongé sous le navire, dans l'eau salée, il méditera ses forfaits et pas que de téléphone.

Je ne suis pas pompier-volontaire ni enseignant-chercheur.
Pas plus que libraire ou professeur des écoles. J'aurais aimé exercer ce métier difficile qui consiste à faire du baby-sitting (non, je ne suis pas Jacques Toubon et j'utilise des anglicismes si j'en ai envie. Pour les jeunes qui n'ont pas connu cet illustre personnage obscur, sachez que c'est lui qui a instauré les quotas de chansons en français à la radio. Il est actuellement le défenseur des droits, une sorte de médiateur de la république après avoir été un homme politique de la culture, de droite. Ou peut-être un homme de droite de la culture politique voire un homme politique de la culture de droite.) en essayant d'intéresser la trentaine d’enfants dont ils ont la charge sans recourir à internet ou à des consoles. Je peste avec Gaston Bachelard contre les professeurs passeurs. Il leur préférait les professeurs "changeurs". Ceux qui modifient le regard des élèves, qui les changent (le cerveau pas les fesses), leur apprennent à voir autrement, à les faire sauter par-dessus ces barrières mentales qu'ils se sont déjà construites, si jeunes et leur donnent envie d'envisager la vie, de la tutoyer. D'être présents au monde. On en a tous connus des profs de cette trempe-là. Un million de vide-poches en forme de pots de yaourts sertis de feutre bleu ou de colliers de coquillettes roses ne suffirait pas à leur témoigner notre gratitude éternelle.
Gratitude d'autant plus profonde qu'il suffit de voir apparaître une loi des rythmes scolaires qui au demeurant va dans le bon sens pour la santé physique et mentale de nos gnomes (à ceci près que pour que les enfants puissent faire des activités l'après-midi, ils ont supprimé la sieste. Horreur, ô désespoir!) pour qu'immédiatement, la France soit pétrifiée à l'idée de devoir s'occuper de ses enfants plus tôt que prévu dans la journée. A quoi ressemblerait notre société si nous nous occupions sans arrêt de notre progéniture? De son réveil à son coucher. Comme pendant les vacances mais toute l'année...

Je ne suis pas non plus pilote de ligne. Drôle de métier que de faire le taxi avec des avions. Je comprends qu'ils aient des envies de re-régler le compteur parfois. Dormir deux nuit sur trois dans l'avion et à l'hôtel, très peu pour moi. Vous le feriez, vous? Vous devriez déjà faire les études qu'il faut avant de me parler de salaire mirobolant. Et toc!

Je ne suis pas non plus prêtre. Ni diacre. Je ne suis donc pas radieux à l'idée de prier pour ce nouveau pape jésuite du tonnerre que le seigneur nous a envoyé en guise de nouveau patron. Ceci dit, ce François (pas 1er puisqu'il est premier) quand même, qui avant même d'avoir fait un peu durer le plaisir, a annoncé qu'il était que de passage et qu'il était fatigué...
Un pape, c'est plus ce que c'était. Je me souviens encore de ce Jean-Paul II (je préfère l'appeler Saint Karol) tremblant face aux millions de fidèles et que j'imagine, que dis-je, j'entends dire à ses conseillers d'une voix chevrotante et si faible qu'ils avaient du mal à distinguer ses mots parmi le tumulte du dehors: "noooon.............nooooooooooon....laisseeeeeez moi......y ....aller.........c'est mon devoiiiiiiiiir....." Paix à son âme. Et Dieu lâche la mienne. Comme dirait Desproges qui est parti trop vite. Comme un éjaculateur précoce.

Je ne suis pas marin-pêcheur ni intermittent.
Je ne suis pas imam. Je n'ai donc pas à me taire, dans un silence assourdissant par ailleurs, alors que je trouve que l'État Islamique est une insulte à l'islam. Ces gars? Cruels comme là-bas dis!
Des bouchers de l'âme humaine, ils ne sont que des pervers narcissiques gorgés de haine, le glaive qui occis à tour de bras leurs frères, ces ennemis intimes, meilleurs sans têtes qu'avec des blasphèmes, frères qui ne pensaient pas droit comme eux.

Et d'ailleurs, savez pourquoi sont-ils égorgés plutôt que troués de plomb à même la peau? Ou même pendus. Eh bien voyez-vous, l'entrée du paradis se faisant la tête la première, façon superman: pas de tête, pas de paradis. Ou alors, juste la tête au paradis ce qui fait court pour profiter des 70 vierges promises dans le filet garni, récompense de tout djihâdiste mort au combat.
Je comprends toutefois la peur des imams du monde et ceux de France en particulier. Si ces mecs marchent sur les Champs Elysées, c'est le recteur de la mosquée de Paris qu'ils zigouilleront en premier. Tiens! À y réfléchir, ça devrait lui ôter toute pudeur au recteur de la mosquée de Paris, à dire la vraie nature de ces cons, de ces sinistres criminels qui se drapent dans des linges religieux bien sales pour s'essuyer le sang pur des innocents qui macule leur mains noueuses.

A propos, avez-vous vu leur étendard?
Une véritable œuvre de marketing moderne:
Blanc et noir. Efficace.
Une calligraphie un peu potelée mais rustique que tout arabisant sait lire. Solide et universel.
Ils indiquent clairement qu’ils ne sont pas là pour faire dans la dentelle. Pour les jolies lettres entrelacées de la mosquée d'El Azhar du Caire ou de Sainte Sophie d'Istanbul, on repassera. Parmi les trois mots qui signent le drapeau en guise de cartouche, ils ont inscrit le premier pilier de l'islam qui est la profession de foi en un dieu unique et en la reconnaissance que Mahomet fut son prophète: "Mahomet, envoyé de Dieu". Et bien malgré une syntaxe de l'arabe que j'imagine maîtrisée par eux parfaitement, ils ont placé le mot Allah en premier alors qu'il vient en dernier dans la phrase. Mahomet est relégué à la fin et pourtant c'est le prophète tout de même. Ça laisse présager du peu de cas qu'ils font du genre humain. Ça donne une sorte de phrase dans un style star-wars très moderne: "De dieu, l'envoyé Mahomet est".
Je vous dis, ces gars ont tout compris à la modernité alors qu'ils veulent nous faire revenir à des us et coutumes du 10ème siècle...des armes modernes pour de vieilles idées.

Ça donnerait quoi des idées modernes par des armes anciennes?
Apprendre internet par cœur?

Je ne suis pas, vous l'avez compris un candidat au djihâd. Effectivement, je ne suis pas un jeune français encore marqué par mon héritage migratoire, désœuvré, grandi dans l'absence d'avenir des quartiers abandonnés par nous tous. Je n'écoute donc ni les poncifs de mes concitoyens sur moi-même alors qu'y m'ont vu qu'à la télé, une fois, je dealait rien du tout t'as vu. Je n'écoute pas plus de rap qui fait écho à ma détresse, qui crie ma rage rentrée de miroir déformant de la France sa mère la pute. Je ne suis pas l'enfant qu'elle voulait, elle me rejette t'as vu, quand on est tous les deux mais dès qu'y a des gens, cette kahba, elle fait semblant que c'est moi qui fout la demer. Moi je fais du biz en vendant du fuuss fuuss, c'est tout, moi. Et puis c'pas moi m’sieur, c'est Karim Benzema avec sa Bugatti Veyron, téma la caisse...

Vous noterez à propos de rap que si je dis "nique la France" (en rythme s'il vous plaît), je ne dis pas "tue la France", ou "poignarde la France". Et la différence est de taille si j'ose dire. Ce chant d'amour, un peu brutal, je l'avoue, reste une ode au corps à corps que la France justement refuse à ces mouflets encore morveux. Ils aimeraient se battre avec elle, la rouer de coups gentils, pour faire semblant que c'est la bagarre. Une bataille de polochons géants. Au moins, à la fin quand tout le monde en a marre, on se prend dans les bras et on rigole en pensant à la limonade qu'on boira tout à l'heure. Mais là rien. On leur interdit même l'accès au champ de bataille. Au stade de foot à la rigueur.
Et c'est pas suffisant de me répondre que je devrais choisir entre aimer ou quitter la France. Et si je veux faire les deux? L'aimer tellement que je veux la quitter. Et la haïr si fort que j'ai envie de l'aimer à mort. Dans ma benz.

Non, je ne suis pas commerçant. Je ne vends donc ni baguettes, ni cigarettes, ni journaux. Je ne recueille pas tous les matins, les plaintes, gémissements et geignements des français moyens, inférieures, supérieures, gris verts ou rouges...je scanne le paquet de Craven A, je dis 7€ euros s'il vous plaît pendant que je valide la grille de madame Sanchez du bâtiment d'à côté. Le tout en souriant et en observant le ballet des fumeurs aux joues creusées, à la peau grise et à la toux grasse par-dessus mes petites lunettes épaisses tchintchin posées délicatement sur le petit bout de mon nez retroussé mais plein de poils de cinquantenaire usé par le commerce de détail auprès de ces beaufs qui veulent tous la même chose, comme moi-même : gagner au loto pour ne plus pousser ma porte, jamais. Aller loin, m'enfoncer dans la montagne ou m'étendre sur la plage en écoutant Joe Dassin ou n'importe quel chanteur à la mode. A ma mode à moi. Et on ose dire que les migrants de Lampedusa sont fous alors que leur ticket de loto à eux est une barque branlante et qu'ils ont payés bien plus cher que nous. Tout l'monde i veut gagner au loto, voilà la morale du nouveau monde.

Je ne suis pas chômeur non plus. J'aurais bien aimé. Car je kiffe quand la vie est corsée, qu'elle me gifle à travers ces regards obliques des pauvres gens qui travaillent et qui se lèvent tôt. J'aimerais connaître l'humiliation de devoir me vendre à un employeur condescendant que je n'ai pu approcher qu'après avoir envoyé autant de candidatures spontanées que l'assemblée compte de députés. Allez peut être un peu plus. J'aimerais être chômeur pour me parler vrai, me coacher dans les moments difficiles, là où j'ai commencé à poser genou à terre.

Je ne suis pas député. Ni frondeur, ni de l'opposition.
L'opposition! Mais rendez-vous compte de l'idiotie de cette position. Et chacun des députés de l'opposition donc, fier de perpétuer là une tradition vieille de plusieurs républiques, joue sa partition à la perfection. Alors même qu'il a prêté serment qu'il servirait les intérêts de la France.
Voterait-il une loi si celle-ci, proposée par le camp adverse était une bonne idée? Ferait-il fi des rodomontades de son parti?
Son parti: Sa machine de guerre à gagner les élections, voilà comment envisagent les choses, ceux qui tiennent les rênes de ces formations. Nous pourrions les changer ces députés de l'opposition (le mot en devient vide de sens à force d'alternance politique) les intervertir ni-vu-ni-connu-j't'embrouille, sous des coupelles en aluminium brillant et sur un tonneau, façon magicien du fort Boyard, nous ne pourrions les différencier. Les seuls évidemment qui se feront remarquer seront admirés et oints de l'étiquette de ténor de l'opposition. Et ça les gonfle d'aise.
Je ne suis ni député ni sénateur. Je ne suis donc pas du tout en position de refuser de voter une loi qui proclamerait une VI république dans le même mouvement que ma chute. Messieurs à 70%, mesdames à 30%, Vous n'êtes que nos représentants. Vous n'avez aucun pouvoir. Vous devriez bénir les personnes qui vous ont confié ce mandat et prier chaque jour pour trouver la force de vous montrer juste et sage, à la mesure de la charge que vos concitoyens vous ont confié. Je suis d'ailleurs convaincu qu'à la minute où vous réaliseriez tout ça, vous stopperiez net les frais. "Hep là! Monsieur le perch'man..."
Vous descendriez du train de l'assemblée. Et vous confiriez dans la seconde votre mission à une pauvre personne, compétente certes mais qui ne souhaite pas députiser, sénatiser ou même gouvernementaliser. Voilà le secret de l'avenir mes enfants : il faut confier le pouvoir à ceux qui n'en veulent pas. Comme Jacques Delors en 1995 qui s'est dit pas-à-la-hauteur de la tâche! Mais si enfin! C'est lui qui nous faut puisqu'il se défile!

C'est la seule issue. Vous n'avez qu'à observer avec quelle avidité tous les candidats au pouvoir lorgnent sur le gâteau. Le tirage au sort, voilà le secret. Et je ne suis pas le seul à le dire.

Je ne suis pas souteneur, flic, indic ou prostituée. Pute comme elles s'appellent. C'est franc et direct, comme elles le sont ces poupées qui parlent. Ces barbies qu'on habille, déshabille, contorsionne dans tous les sens. Et à qui on se confie. Je n'aurais jamais leur capacité d'écoute. Je ne pourrais jamais faire leur métier qui est finalement celui d'un psy qui s'est habillé très sexy ce matin!

Je ne suis pas rippeur. Mon métier n'est donc pas de m'occuper de ce qu'on jette. Dans ces contenaires, il n'y a pas que des poubelles. Nous pourrions y trouver du mépris, des rêves de gosses...je n'ai jamais eu la chance de me faire insulter par des automobilistes, à 6h du matin alors que le quartier dort encore, par des travailleurs pressés d'aller travailler. En plus des pinces à linge sur le nez, je mets des bouchons aux oreilles pour me blinder contre ces pauvres idiots qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez, qui pourtant va loin comme n'importe quel tarin de taré. Ce gars qui m'a traité de connard ce matin, peut être qu'un jour, je le porterai sur mon dos alors qu'il a perdu connaissance dans l'incendie de son appartement et que j'ai sauvé en détruisant à la hache la porte de chez lui en y mettant toute la hargne de celui qui connaît son métier et qui y croit encore. Oui parce qu'en plus de ne pas être rippeur, je ne suis pas pompier-volontaire. Les risques et le prestige en plus.

Je ne suis pas chauffeur routier. Je ne parcours donc pas la France de haut en bas, d'est en ouest ou en diagonale pour livrer des moules brestoises à Marseille...personne ne sait comme moi la beauté de ce pays. Enfin si, peut-être quelques randonneurs qui ont levé les yeux des pieds de la personne qui les précède sur ces sentiers extraordinaires de la campagne, de la montagne, des bocages de France. Personne ne sait non plus la beauté des femmes de ce pays que j'ai appris à admirer du haut de ma cabine...

Je ne suis pas tout ça.
Mais je suis la France.
Je suis une partie de ce pays. Et comme une cellule anonyme qui renferme le code génétique du corps humain tout entier, je suis la France à moi tout seul. C'est intéressant qu'on oppose d'ailleurs les français de souche et les autres. Alors qu'une cellule souche du corps humain a l'esprit si ouvert qu'elle est capable de participer à la création de n'importe quel organe. En même temps, une image reste une image. Aussi, à part la cathédrale de Chartres, qui peut bien se prétendre français de souche aujourd'hui?

Au carrefour entre l'orient et l'écosse des chevaliers templiers, les pays germaniques et l'Ibérie, entre l'Afrique et l'Europe. Schengen a débranché les feux rouges de nos routes et il faudrait barricader tout ça?

[A suivre]

dimanche 22 janvier 2017

Monk à Menton



Elmyr de Hory le faussaire, Séverin Wunderman l’homme d’affaires, et Thelonious Sphere Monk le pianiste, pénètrent dans le musée Cocteau de Menton. Ils sont arrivés du mont Faron en Hélicoptère, il y a quelques minutes.

Elmyr joue un morceau sur le piano trouvé là. Séverin note cette odeur de savon qui baigne le musée. Il pense que cette odeur doucereuse est dûe au masque pour les cheveux de Josette Day. Tandis que Thelonious boit un petit café en regardant de très près le dessin n°24 de Jean L’Oiseleur.

Sur un écran, est diffusé un concert. Aux trois premières notes, les hommes se rejoignent face aux images. Et ça commence comme ça.

Un vieux clip en noir et blanc passe. Nina Simone et sa chanson complètement dingue sur le fait qu’elle ne possède rien à part son sang, son foie et sa vie. C’est à Londres et c’est en 1968.

Quand la vidéo commence, elle impose quelques accords de la main gauche sur un piano à queue.
On peut voir le public proche, presque assis à côté de la patronne. Ses musiciens sont attentifs, ils guettent le début du morceau qu’elle va lancer après avoir martelé le clavier pour installer l’ambiance.
Un groove qu’elle lance de sa tête jusqu’à l’arrivée d’un rythme discret et ses premières paroles, une voix puissante, facile, chaude, un peu nasillarde.  Que le sermon de madame Simone commence !

Sous la chevelure blanc-de-béton de la Belle dont la tête posée sur le sable, fait face à l’océan, trois silhouettes regardent toujours un écran noir. Au second refrain, Thelonious tourne les talons et rejoint le piano. Il frappe la mesure du talon en marchant. Il regarde l’instrument. Et s’y installe. Il fait une drôle de tête. Son Visage se ferme au moment où ses battoires heurtent violemment le clavier. Huit notes brisent le silence.  
L’employé ne dit rien. Il regarde ce grand dadet monolithique martyriser ses oreilles. Il le laisse diffuser son énergie au meuble noir, à travers ses doigts. Il essaye de distinguer ses ongles. Ronds et bombés, brillants, polis. Des bijoux blancs et ronds terminent les doigts de Sphere. 

Nina a à présent fini.

Elmyr prend Séverin dans ses bras et l’entraîne vers Monk. Derrière le piano, on peut voir le ciel et l’océan. Deux bleus aigus saturés de soleil blanc ; Mais à l’intérieur, protégés par les branchages souples des cheveux de la belle Nadja, l’ambiance est douce. Une lumière timide, chaude et inégale soutient l’ensemble.

Les notes de Monk se font de plus en plus lourdes. Une corde casse mais le piano résiste. Des accords étranges résonnent, ils font vibrer les chapeaux. Sphere ne tremble pas. C’est dissonant mais il n’hésite sur aucune note. Il semble d’abord ne pas savoir où frapper. Puis au dernier moment, ses mains se précipitent comme pour attraper des fleurs apparues entre deux touches.

Imaginez : un escalier horizontal fait de pierres parfaitement taillées. Des pâquerettes apparaissent régulièrement entre deux pierres. Le jardinier, tout aussi régulièrement retire furieusement ces petites plantes fragiles. Avec assurance et fermeté. A présent, accélérez cette scène et vous aurez une idée du jeu de Sphere Monk : impitoyable et aimant, sûr de lui mais aveugle au monde, sensitif et violent.

Monk, c’est le jardin à l’anglaise du jazz humain.



Références: