mercredi 27 septembre 2017

Picasso

Pablo regarde à travers la porte vitrée, les mains bien à plat. Ses yeux obliquent vers ce qui semble l'amuser. Doisneau a saisi puis a saisi cet instant comme pour cristalliser l'intention du créateur. 

L'artiste, démiurge sans temps vole la nature. Il pille le présent pour semer son sol glaiseux. Il s'applique à chercher les meilleures graines comme autant de présents à échoir. Picasso en pique-assiette de mère nature, effronté et espiègle. Et quand l'artiste est assez doué pour perfectionner son art, qu'il a suffisamment d'assurance et d'autorité, d'aucuns diraient du charisme, alors il tape à la porte, il convoque le cours du temps, il fait une scène au destin pour s'arranger avec le scénario.

Il s'en trouve soudain si proche de cet accomplissement, que son geste change littéralement les choses. Il faut imaginer qu'un tel créateur peut, par la seule force de sa volonté déplacer une voie ferrée avec son train dessus et la poser ailleurs, juste à côté peut-être. Le convoi continuera mais son cap est à jamais bouleversé.

Les navigateurs le savent bien, un degré d'erreur sur le bon vieux cap et c'est la ruine de l'expédition. Sachant cela, le monde s'est méfié de Picasso. Il lui a tendu des pièges. Mais ces pièges sont de la poudre aux yeux, ce qui compte, ce sont ces yeux qui regardent. Rien d'autre n'a d'importance. 

mercredi 13 septembre 2017

Quand arrive l'été

Je l'ai tant attendu ce jour où sans moi, le ciel s'est éclairé soudainement d'un tissu corail. 

Depuis ce moment très particulier, mes rêves rouges me laissaient un goût fade au réveil. Un goût de bouche fermée des heures, comme on se tait en famille, triste et las, attendant la nuit pour partir. Pris de secousses aux amplitudes hachées, j'ai du patienter au seuil de mon été. 

Ce salaud ne m'a donc pas attendu. Il est parti devant mais je lui ai couru après jusqu'à perdre haleine pour le rattraper et espérer le précéder autour de la table de mon enfance. 

Tel était mon plan pour rester dans le présent. Mais le présent est un tapis de fakir, jonché de verre pilé. Et mes pieds gonflés de sommeil n'ont jamais osé fouler le sol rouge de braises. 

Alors j'ai finalement passé mes journées au lit en priant le soleil de retirer ses mains de mes persiennes. Plusieurs fois, on me cria de descendre, de quitter cette couverture et de glisser le long de l'escalier de marbre froid pour partager un repas. A chaque appel, je tressaillais. Je préfère être attendu plutôt que d'attendre. 

Les jours passants, mon attente a péri et sa raison a pourri. Le froid était de retour.