Je retiens mon souffle.
J’ai un trac fou.
Cette chanson me fait mal avant même de la commencer.
J’essaye de me calmer. Mais la boule est toujours là.
Concentre-toi.
Comptes
1 2 3
1 2 3
1 2 3 4
A quelques secondes du début, le calme revient et le silence
s’installe comme un roi charismatique qui reprend son trône. Comme toujours. Tout
est calme.
C’est la mer qui se retire avant un violent tsunami qui va
tout dévaster.
Ce calme me fait peur.
Mais il m’apaise.
Ma cymbale lâche un petit bruit
involontaire
qui déclenche
tout c’est la tempête de bruit magnifique je ne réalise même pas que c’est moi
qui fait ça y en a partout dans l’espace sonore de toutes les personnes
présentes une énergie rayonne en sphère vers l’extérieur
à l’intérieur rien n’est stable
je joue j’imprime des chocs brutaux et doux à la fois je caresse et frappe très
fort je n’arrive déjà plus à suivre ça évite mon cerveau ça joue mais je ne
sais pas comment - n’y pense plus je manque de me prendre les pieds dans le tapis
ça tourne je joue dans une machine à laver ma tête dodeline mes jambes à l’envers
battent la mesure en tapant fort très fort je suis aspiré par ce rythme effréné
de moissonneuse batteuse ça tourne ça me précède ça me succède c’est partout
stop fffffffff
même rythmique mais tempo plus lent je respire mais ça
revient les cymbales me remplissent la tête mes deux grosses caisses inondent
l’air d’un vrombissement de galère.
Ca y est, j’ai trouvé un point
fixe : je frappe la grosse cymbale à intervalles réguliers. Je pense à la
campagne, au clocher de mon village. Tiens, ma caisse claire fait un bruit de
poing sur la table et ça me remet dedans, ça frappe en rythme et ça recommence ça
tourne ça virevolte je réalise que tous les autres instruments s’appuient sur moi
j’ai construit une montagne de casseroles en équilibre précaire et tout le
monde danse là-dessus je transpire des litres pour garder tout ça ensemble je
vais mourir et quitter mon enveloppe je le sens je ne peux plus le supporter
mais la ca y est ça redescend c’est moins bruyant mais toujours aussi rapide
ils sont moins lourds mais il dansent sur ma tête toujours aussi vite
pour garder l’équilibre je cours
les yeux fermés je vais finir par me fracasser la tête mais jamais ça n’arrive
mon cœur s’emballe je joue sur la pointe des pieds mais ça ne ralentit pas je râle
je souffle je crie j’ai peur mais j’aime
ça mon amie la basse vient m’aider je m’appuie un peu sur elle ca fait du bien
ce réconfort précaire qui va disparaître tous mes membres semblent dissociés et
tétanisés mais ils sont en fait rigoureusement harmonisés – parfaite maîtrise
mais sans moi, je comprends pas je vais si vite que mes mains deviennent
invisibles la transe m’envahit j’attendais ce moment mais je peux plus penser
mes gouttes de sueur heurtent la peau dans un mouvement ascendant et très lent
y a plus de gravité mes pensées sont anesthésiées et folles à la fois je n’ai
plus d’air ahhh
ça y est ça va être la fin du morceau je la vois venir je
tiens la fin du morceau un regain d’énergie me fait tenir mes muscles retrouvent
un peu de vigueur et se détendent le second souffle est là de l’air vient dans
mes poumons, ça ralentit
ça s’estompe
fffff
puis net : ça s’arrête !
stop !
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