lundi 30 janvier 2017

Mr. D.C. de John McLaughlin

Je retiens mon souffle.
J’ai un trac fou.
Cette chanson me fait mal avant même de la commencer.
J’essaye de me calmer. Mais la boule est toujours là.

Concentre-toi.
Comptes
1 2 3
1 2 3
1 2 3 4

A quelques secondes du début, le calme revient et le silence s’installe comme un roi charismatique qui reprend son trône. Comme toujours. Tout est calme.
C’est la mer qui se retire avant un violent tsunami qui va tout dévaster.

Ce calme me fait peur.

Mais il m’apaise.

Ma cymbale lâche un petit bruit involontaire
qui déclenche tout c’est la tempête de bruit magnifique je ne réalise même pas que c’est moi qui fait ça y en a partout dans l’espace sonore de toutes les personnes présentes une énergie rayonne en sphère vers l’extérieur
à l’intérieur rien n’est stable je joue j’imprime des chocs brutaux et doux à la fois je caresse et frappe très fort je n’arrive déjà plus à suivre ça évite mon cerveau ça joue mais je ne sais pas comment - n’y pense plus je manque de me prendre les pieds dans le tapis ça tourne je joue dans une machine à laver ma tête dodeline mes jambes à l’envers battent la mesure en tapant fort très fort je suis aspiré par ce rythme effréné de moissonneuse batteuse ça tourne ça me précède ça me succède c’est partout
stop                                                                                     fffffffff
même rythmique mais tempo plus lent je respire mais ça revient les cymbales me remplissent la tête mes deux grosses caisses inondent l’air d’un vrombissement de galère.
Ca y est, j’ai trouvé un point fixe : je frappe la grosse cymbale à intervalles réguliers. Je pense à la campagne, au clocher de mon village. Tiens, ma caisse claire fait un bruit de poing sur la table et ça me remet dedans, ça frappe en rythme et ça recommence ça tourne ça virevolte je réalise que tous les autres instruments s’appuient sur moi j’ai construit une montagne de casseroles en équilibre précaire et tout le monde danse là-dessus je transpire des litres pour garder tout ça ensemble je vais mourir et quitter mon enveloppe je le sens je ne peux plus le supporter mais la ca y est ça redescend c’est moins bruyant mais toujours aussi rapide ils sont moins lourds mais il dansent sur ma tête toujours aussi vite
pour garder l’équilibre je cours les yeux fermés je vais finir par me fracasser la tête mais jamais ça n’arrive mon cœur s’emballe je joue sur la pointe des pieds mais ça ne ralentit pas je râle je souffle je crie  j’ai peur mais j’aime ça mon amie la basse vient m’aider je m’appuie un peu sur elle ca fait du bien ce réconfort précaire qui va disparaître tous mes membres semblent dissociés et tétanisés mais ils sont en fait rigoureusement harmonisés – parfaite maîtrise mais sans moi, je comprends pas je vais si vite que mes mains deviennent invisibles la transe m’envahit j’attendais ce moment mais je peux plus penser mes gouttes de sueur heurtent la peau dans un mouvement ascendant et très lent y a plus de gravité mes pensées sont anesthésiées et folles à la fois je n’ai plus d’air ahhh

ça y est ça va être la fin du morceau je la vois venir je tiens la fin du morceau un regain d’énergie me fait tenir mes muscles retrouvent un peu de vigueur et se détendent le second souffle est là de l’air vient dans mes poumons, ça ralentit
ça s’estompe
fffff
puis net : ça s’arrête !
stop !


 

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