Elmyr de Hory le faussaire, Séverin
Wunderman l’homme d’affaires, et Thelonious Sphere Monk le pianiste, pénètrent
dans le musée Cocteau de Menton. Ils sont arrivés du mont Faron en Hélicoptère,
il y a quelques minutes.
Elmyr joue un morceau sur le
piano trouvé là. Séverin note cette odeur de savon qui baigne le musée. Il
pense que cette odeur doucereuse est dûe au masque pour les cheveux de Josette
Day. Tandis que Thelonious boit un petit café en regardant de très près le
dessin n°24 de Jean L’Oiseleur.
Sur un écran, est diffusé un
concert. Aux trois premières notes, les hommes se rejoignent face aux images. Et
ça commence comme ça.
Un vieux clip en noir et blanc
passe. Nina Simone et sa chanson complètement dingue sur le fait qu’elle ne
possède rien à part son sang, son foie et sa vie. C’est à Londres et c’est en
1968.
Quand la vidéo commence, elle
impose quelques accords de la main gauche sur un piano à queue.
On peut voir le public proche,
presque assis à côté de la patronne. Ses musiciens sont attentifs, ils guettent
le début du morceau qu’elle va lancer après avoir martelé le clavier pour
installer l’ambiance.
Un groove qu’elle lance de sa
tête jusqu’à l’arrivée d’un rythme discret et ses premières paroles, une voix
puissante, facile, chaude, un peu nasillarde. Que le sermon de madame Simone commence !
Sous la chevelure blanc-de-béton
de la Belle dont la tête posée sur le sable, fait face à l’océan, trois silhouettes
regardent toujours un écran noir. Au second refrain, Thelonious tourne les
talons et rejoint le piano. Il frappe la mesure du talon en marchant. Il
regarde l’instrument. Et s’y installe. Il fait une drôle de tête. Son Visage se
ferme au moment où ses battoires heurtent violemment le clavier. Huit notes
brisent le silence.
L’employé ne dit rien. Il regarde
ce grand dadet monolithique martyriser ses oreilles. Il le laisse diffuser son
énergie au meuble noir, à travers ses doigts. Il essaye de distinguer ses
ongles. Ronds et bombés, brillants, polis. Des bijoux blancs et ronds terminent
les doigts de Sphere.
Nina a à présent fini.
Elmyr prend Séverin dans ses bras
et l’entraîne vers Monk. Derrière le piano, on peut voir le ciel et l’océan.
Deux bleus aigus saturés de soleil blanc ; Mais à l’intérieur, protégés
par les branchages souples des cheveux de la belle Nadja, l’ambiance est douce.
Une lumière timide, chaude et inégale soutient l’ensemble.
Les notes de Monk se font de
plus en plus lourdes. Une corde casse mais le piano résiste. Des accords
étranges résonnent, ils font vibrer les chapeaux. Sphere ne tremble pas. C’est
dissonant mais il n’hésite sur aucune note. Il semble d’abord ne pas savoir où
frapper. Puis au dernier moment, ses mains se précipitent comme pour attraper
des fleurs apparues entre deux touches.
Imaginez : un escalier
horizontal fait de pierres parfaitement taillées. Des pâquerettes apparaissent
régulièrement entre deux pierres. Le jardinier, tout aussi régulièrement retire
furieusement ces petites plantes fragiles. Avec assurance et fermeté. A
présent, accélérez cette scène et vous aurez une idée du jeu de Sphere
Monk : impitoyable et aimant, sûr de lui mais aveugle au monde, sensitif et
violent.
Monk, c’est le jardin à
l’anglaise du jazz humain.
Références:
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