mardi 21 février 2017

João Gilberto



Je chante comme je suis en avance sur mon époque.
Ou peut-être sont-ils tous en retard, toujours à célébrer les Orixas du passé.

Je chante du nez. 
Doucement, sans rythme apparent en m’accompagnant de ma guitare. 
Mes mots accélèrent et ralentissent autour de la pulsation de mon cœur. 
Vous me perdrez et me retrouverez.

Tout est rythme ici-bas. 
Les insectes me suivent alors pourquoi ne pas leur dédier des chansons. 
Les onomatopées sont ma langue et je ne chante pas pour les hommes.

Je leur ai pourtant dit que je n’étais pas capable de chanter comme eux. 
Jouer de la guitare était mon langage à moi. 
Pour ce qui est de la voix, ils devront faire avec ce que je considère être le bon rythme. 
Je suis si entêté que tout le monde abandonne. Sauf mon pote Tom qui a compris immédiatement quel fauve endormi j’étais.

Ils pensent que je m’en moque de la musique. 
Que je suis froid et distant, comme le vent. 
Mais la musique, c’est mon sang. Je brûle des arbres entiers pour tenir vivace ce feu qui me consume depuis ma naissance. Quand j’ai découvert la guitare et mon chant, c’est comme si j’avais expiré une première fois.

Ils pensent que ma musique est mystique mais c’est parce que je colle mes lèvres au micro. 

Mon autre bouche, la guitare, susurre à son micro à elle des phrases que personne n’avait entendu. Des couplets et des ponts gelés qui enjambent des cours de lave. Une lave compacte, comme du miel de l’enfer qui tonne et tempête en grignotant la roche noire.

Quand je vais jouer, d’abord je tends deux cordes à linge, translucides. Elles vibrionnent au soleil d’un mouvement ample. Un mouvement grave qui ondule bien. 

Puis je gratte mes ongles à l’écorce de ma guitare. Un joli staccato de martinet. 
Les deux mélodies sont immédiatement harmonieuses. Elles se portent l’une l’autre. Elles se répondent et se congratulent, se soutiennent et se disputent la vedette. 

Mais la star c’est moi, volcan céleste.

Moi, je suis Joao Gilberto et je suis éternel.




Référence : FalsaBaiana par Joao Gilbert, album « Joao Gilberto » - 1973 (compositeur : Geraldo Pereira)

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire