Pablo regarde à travers la porte vitrée, les mains bien à plat. Ses yeux obliquent vers ce qui semble l'amuser. Doisneau a saisi puis a saisi cet instant comme pour cristalliser l'intention du créateur.
L'artiste, démiurge sans temps vole la nature. Il pille le présent pour semer son sol glaiseux. Il s'applique à chercher les meilleures graines comme autant de présents à échoir. Picasso en pique-assiette de mère nature, effronté et espiègle. Et quand l'artiste est assez doué pour perfectionner son art, qu'il a suffisamment d'assurance et d'autorité, d'aucuns diraient du charisme, alors il tape à la porte, il convoque le cours du temps, il fait une scène au destin pour s'arranger avec le scénario.
Il s'en trouve soudain si proche de cet accomplissement, que son geste change littéralement les choses. Il faut imaginer qu'un tel créateur peut, par la seule force de sa volonté déplacer une voie ferrée avec son train dessus et la poser ailleurs, juste à côté peut-être. Le convoi continuera mais son cap est à jamais bouleversé.
Les navigateurs le savent bien, un degré d'erreur sur le bon vieux cap et c'est la ruine de l'expédition. Sachant cela, le monde s'est méfié de Picasso. Il lui a tendu des pièges. Mais ces pièges sont de la poudre aux yeux, ce qui compte, ce sont ces yeux qui regardent. Rien d'autre n'a d'importance.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire